30 Jours - 30 Histoires - 30 Indices...

# 1 :
* Etienne est fleuriste. Marcel est poissonnier. Tous les matins, tôt, ils se croisent à Rungis. Puis rue Montorgueil, ils prennent un petit noir dans le même bar tabac depuis des années. Ils se saluent par habitude, mais ne se sont jamais parlés. Un fleuriste a-t-il quelque chose à dire à un poissonnier ? Oui, “je t’aime” : ce que personne ne sait c’est qu’Etienne et Marcel vivent ensemble depuis de nombreuses années. *
# 2 :
* Ils se sont donnés rendez-vous sur les grands boulevards. Ils ne se sont jamais vus. Ils ne se connaissent pas vraiment. Elle est grande la distance qui les sépare, aussi grande que les boulevards, aussi grande qu’était petite l’annonce, puis la réponse. Elle est tétanisée, elle a mis cet imper fuchsia pour qu’il la voit de loin. Lui, il est à deux pas, il s’approche, il s’avance, fébrile : “bon, bon, bbonjour !”. *
# 3 :
* La femme à la fourrure vient encore de passer devant l’immeuble. Depuis plusieurs jours elle hante le quartier avec son trophée de chasse sur les épaules, un renard argenté. Elle dégage un parfum entêtant, lourd mais assez voluptueux. Elle vient voir le pelletier dont la femme hystérise des scènes de jalousie après chaque visite. La femme à la fourrure, elle, ne veut qu’une chose : un manteau de renards dorés. *
# 4 :
* “Je crois, je crois en dieu, père tout puissant, créateur du ciel et de la terre, je crois... je ne crois en rien du tout. Que suis-je venu faire dans cette église ? Prier pour que Lorette me revienne, pour que Lorette m’aime, pour que Lorette ne me quitte pas... Je suis idiot, venir ici, Notre-Dame de Lorette ne la fera pas revenir, elle ne fera rien du tout, je suis misérable, je prends de l’opium du peuple.” *
# 5 :
* Elle était infante de Castille, elle est devenue Reine de France, c’était la mère de Saint-Louis, l’épouse de Philippe Auguste. Elle était belle, elle était sage, elle aimait son royal époux auquel elle donna 12 enfants. Elle devint régente et seconda son fils quand il partit en croisade. Blanche est aussi une des plus ferventes instigatrices d’une croisade qui massacra des milliers de personnes dans l’Albigeois. *
# 6 :
* Elle se souvient : il était massif, il était paysan, il était magnifique. Il avait un sacré coup de fourche pour soulever les bottes de foin dans lequel il aimait l’embrasser tendrement, longuement, pas plus. Elle se souvient : il l’a aimée toute sa vie. Lui si rustre et pourtant si subtil. Elle se souvient : il est mort. Elle voit, elle pleure sa solitude au bord de cette fenêtre perchée au 15ème étage d’une tour. *
# 7 :
* Ils sont mignons tous les deux. Ils sont mignons et ils sont amoureux. A chaque station, ils essaient de découvrir l’origine du nom. Malesherbes. “-Les mauvaises herbes !? - Non, les herbes de l’homme, du mâââle !!! - Tu es bête Gaston, non, ce sont les herbes du mal...” Ils sont mignons mais ils sont ignares. Malesherbes est un juriste et homme d’état français. *
# 8 :
* Elle s’appelle Bernadette. Il s’appelle Jacques. Un couple mythique. Elle a tout accepté, elle a tout supporté pour que lui, son homme, arrive à mener à bien son plan de carrière. En attendant elle en a avalé des couleuvres, des pilules, elle en a pris des kilos entre deux crises, entre deux infidélités, entre deux amis qui trahissent... C’est une héroïne moderne, une femme amoureuse, Bernadette Chaudron de Courcels. *
# 9 :
* Combien d’amours adultérines et coupables dans les chambres de l’hôtel Georges V ? Combien de rendez-vous galants et élégants entre cinq et sept heure ? Combien de corps enlacés et gorgés de plaisir dans les suites luxueuses d’un palace royal ? Combien d’orgasmes offerts aux murs discrets qui garderont le silence ? Combien de fois le prince de Galles a-t-il réellement batifolé en ce lieu ? *
# 10 :
* Alma vient des grandes steppes arides sur lesquelles s’est construit l’empire russe, Marceau vient d’un petit village du Tarn ravagé par les dragonnades. Elle a fuit la violence des guerriers cosaques qui traitent les femmes comme des chèvres, il a fuit les soldats du roi qui assassinent les protestants. Dans une sous-pente, à Paris, ils se sont fait un nid tendre et douillet dont ils ne sont plus jamais sortis. *
# 11 :
* Personne ne veut entendre parler de la vie amoureuse et sexuelle des invalides et des handicapés. C’est fou comme cela nous bouscule, nous dérange, comme si cette sexualité et ces sentiments avaient quelque chose d’hors-norme et de monstrueux. Judith et Paul relèvent ce défi chaque jour : ils s’aiment et ils baisent malgré la différence, malgré la trisomie. Ils ont un énorme chromosome de l’amour. *
# 12 :
* Tout le monde s’aime rue de Solferino, c’est la rue de l’amour où tout le monde offre des roses à tout le monde. Le problème avec l’amour, c’est quand il y en a trop, ça se transforme vite en haine. Et c’est ce qui s’est passé rue de Solferino : Martine aimait Ségolène qui aimait François qui aimait Jack qui aimait Vincent qui aimait Elisabeth... Aujourd’hui ils se détestent tous. La vie en rose ? *
# 13 :
* Léonard et Léonie sont en terminale. Depuis bientôt un an ils font tout ensemble et même un peu plus que ça. Mais Léonard est dilettante alors que Léonie est très sérieuse. Léonie révise tous les jours, Léonard survole ses cours de temps à autre. Léonie est en classe préparatoire avec Pablo. Ils sont ensemble. Ils s’aiment, c’est merveilleux. Léonard, lui, repasse son bac pour la troisième fois. *
# 14 :
* Elles repartent déjà dans leur folle cavalcade aérienne en tintinnabulant, en carillonnant, avec toutes les carottes qu’elles ont reçues pendant cette nuit magique. Les rennes du Père Noël s’envolent pour un pays mystérieux où il fait toujours froid, un monde sans nuit, un espace vierge et pur qui va être bientôt détruit par la pollution et le réchauffement climatique. Dommage ! *
# 15 :
* Elle avait un port royal. Elle était sublime, elle était au-delà de la beauté, une madone tombée sur terre devant vivre parmi des êtres médiocres. Elle était belle, elle était divine, des traits séraphins, angéliques, un teint d’albâtre, une chevelure noir de jais et des yeux d’un bleu cobalt... inhumain. Immarsescible beauté, elle était aimée de tous et de personne. Une déesse peut-elle aimer un homme ? *
# 16 :
* C’était le docteur de l’Empereur. De l’Empereur des Français, ce dictateur belliqueux appelé Napoléon Bonaparte. C’était aussi le docteur de l’Impératrice, la belle Joséphine. Il n’a pas pu soigner leur belle histoire d’amour mais pour des raisons d’état, Napoléon a épousé la nièce de Marie-Antoinette, Marie-Louise d’Autriche. La raison a ses raisons que le coeur ne connaît pas. *
# 17 :
* Je ne comprends pas pourquoi donner des noms de batailles à des gares ou à des stations de métro ? Gare d’Austerlitz ! Pourquoi pas Gare 14 - 18 tant qu’on y est ! Pourquoi transformer en monuments aux morts des espaces plein de vie ? Je propose que tous ces noms soient remplacés par ceux des maîtresses royales : Diane de Poitiers, Montespan, Pompadour... Faites l’amour pas la guerre ! *
# 18 :
* Quelle drôle d’idée ! Moi j’irai jamais, ça me fait trop peur. Je comprends pas. C’est pour que les enfants, il y aillent pas !? Ils en parlent jamais à la télé de tous les gens qui se font manger. Ma mémé que j’aime, elle devait venir pour Noël, elle est jamais arrivée. Je suis sûr qu’ils l’ont mangée. C’est bizarre, je crois que les grandes personnes sont folles : pourquoi mettre des lions dans une gare ? *
# 19 :
* La comtesse de Faidherbe Chaligny aime les bijoux plus que les hommes. Que ne ferait-elle pas pour une tiare, un diadème, un sautoir, une bague, une parure... Mais voilà la comtesse de Faidherbe Chaligny est bien embêtée : on lui a volé tous ces joyaux mais on lui a laissé son mari. Contre toute attente, et à l’étonnement du tout Paris, faute de bijoux, elle s’est mise à aimer son époux. *
# 20 :
* C’est là que finissent toutes les truffes, toutes les tartes, toutes les dindes, tous les bras cassés, tous les manchots, toutes les branques... c’est la rue des Boulets. C’est terrible mais ils foirent tout ce qu’ils font, des catastrophes, des calamités. Pourtant rue des Boulets, il fait bon vivre, il fait bon s’aimer. Et si les boulets étaient beaucoup moins tartes, moins truffes, moins... qu’on ne le pensait. *
# 21 :
* “Un pour tous, tous pourri !”, on se croirait dans un mauvais roman d’Alexandre Dumas qui se mettrait à écrire comme Zola. La crise est assassine et perverse : elle jette les hommes à la rue, et ils se ridiculisent dans la rue. Je n’en peux plus de ce métier de reporter en direct de la misère du monde. Les pauvres bougres me répondent n’importe quoi, ils feraient mieux d’aller faire l’amour, ou la guerre. *
# 22 :
* “Je te dis qu’il est de Cahors. - Je te dis qu’il est de Marseille ! - Et moi je te dis qu’il est de Cahors !! - Marseille !!! - Putain, il est né à Cahors, c’est écrit dans l’encyclopédie ! - Ah mais j’ai jamais dit qu’il était né à Marseille, je te dis qu’il a été député de Marseille ! - Oui bon, mais Léon Gambetta il est de Cahors mon amour comme Jaurès est de Castres. - Jaurès ? Il est de Graulhet, Jaurès... *
# 23 :
* “- Il paraît que ça c’est passé sur les quais du métro ! - Non, ici, là à Pelleport ? - Oui, ils étaient au moins deux cents ! - Deux cents ??? C’est dégoûtant ! Ils ne respectent plus rien maintenant ! - Certains ont tenu plus d’une heure ! - Avec la langue ? - Avec la langue ! - Mais pourquoi font-ils ça ? - Pour montrer que tous les amours sont possibles, sont les mêmes... - Ah ??? Une heure avec la langue...” *
# 24 :
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# 25 :
* Franck aimerait bien danser la valse. Mais danser la valse sans crinoline c’est un peu comme lire Proust en préparant des lasagnes dans la cuisine. Mais Franck en crinoline, c’est grotesque, c’est absurde et... il le sait. Il est désespéré, sur le quai de la station Danube dans son ridicule tutu de tulle quand il croise Nina Hagen qui lui dit : “Quelle cholie crinoline !”, et Franck valse, valse sur les quais. *
# 26 :
* Bastien vient pécher tous les jours sur les bords du canal de l’Ourcq. Tout le monde le prend pour un fou, trouver du poisson dans ce canal et pourquoi pas le trésor de Rackham le rouge, saperlipopette de milles sabords ! Pourtant tous les jours, tous les matins, il vient, il pèche, il tient, c’est la seule chose qui le tire de sa solitude. Là ça tire sur sa ligne, elle est blonde, superbe, une sirène ? Peut-être... *
# 27 :
* Blanche aime Louis et Louis aime Blanche mais leur union est impossible ! Nouvel épisode des Guelfes et des Capulets ? Pas vraiment même si c’est bien de nom dont il est question, un nom qui empêche un oui. Mais quel est donc ce nom ? C’est Blanc. Et alors il y a bien pire comme patronyme, non ? Pour Blanche, Blanche Blanc c’est difficile, c’est pénible. Mais Louis a changé de nom... Louis Weiss. *
# 28 :
* Un train arrive. Un train repart. Un train arrive. Un train repart. Des milliers de gens se croisent sans se voir, sans se connaître, sans se reconnaître. Pourtant aujourd’hui à 16h50 sur le quai n°10 arrive Kate et sur le quai n°2 à 16H52 arrive Astrid. Elles sont à huit quais l’une de l’autre, leur coeur bat très fort, dans toute la gare de l’Est, ces battements résonnent, Kate enlace tendrement Astrid. *
# 29 :
* J’ai huit ans et je suis bien embêté parce que Camille ne m’aimera que si je lui construis un château. À huit ans construire un château c’est tout simplement impossible. Alors j’ai essayé un truc, je l’ai invitée un samedi après-midi et nous sommes allés au château de Vincennes avec mon père, ça n’a pas marché. En revanche quand j’ai écrit “Camille, je t’aime” sur le château d’eau, je suis devenu son héros. *
# 30 :
* Il fait gris sur Paris, avec ce ciel bas et lourd comme un couvercle si bien décrit par Baudelaire, c’est une journée de spleen, c’est une journée de merde. Il pleut, j’ai froid, je suis seul, je vais éviter les quais de métro et les trentre-deuxièmes étages... Le bourdon, une grosse cloche, une grosse abeille, bong, bong, bzong, bzong... Bip, bip ! Un SMS, je l’ouvre : “Bonne nouvelle, je t’aime”. *
Texts by Franck Joucla Castillo
























































